l'Union pour la Méditerranée : quel avenir pour les peuples ?

Union pour la Méditerranée ou Processus de Barcelone bis ??

Une réflexion d'Ibrahim MESSOUD. - (15/08/2008).

L'union pour la Méditerranée (UPM) est une organisation intergouvernementale à caractère régional. Elle rassemble l'ensemble des pays de la mer méditerranée et les états de l'Union Européenne.
Les 43 pays signataires de la déclaration commune s'engagent sur six projets phares :
  • la dépollution de la Méditerranée,               
  • les autoroutes maritimes et terrestres,               
  • la protection civile pour répondre aux catastrophes naturelles,               
  • une université euro-méditerranéenne,               
  • l'énergie solaire               
  • une initiative pour le développement des affaires

Jusque là tout semble cohérent et tous les éléments s'enchaînent, pour une Union qui s'engage à résoudre le sous-développement et le retard économique qui perdure depuis des décennies sur la rive sud.

L'objectif est bon dans ses aspects globaux puisque l'Europe a pris l'engagement d'aider les pays du sud à sortir d'une crise qui n'en finit pas, et d'attaquer le problème pour rattraper le retard qui paralyse les pays du sud à la source.

Toutes les recettes appliquées jusqu'à présent pour sortir de la crise ont échoué.
Les programmes de planification engagés avec divers états du sud et notamment l'Egypte et l'Afrique du Nord n'ont rien donné puisque la crise s'est amplifiée à cause de taux de chômage faramineux, qui ont généré une migration massive vers les grandes villes où ont surgi des ceintures de ghettos et de bidonvilles, où la population qui s'entasse dans des baraques insalubres sans même le strict minimum d'hygiène -pas d'eau potable, pas d'électricité, pas d'assainissement - est la proie idéale de tous les extrémismes.
Le choix est sans appel : ou se fondre dans la masse et être confronté à l'extrémisme ou  l'immigration vers l'Europe.

Le plus grand problème de l'Euromed  de 1995 ou processus de Barcelone était dans son objectif : créer une classe moyenne qui allait favoriser l'émergence d'une économie locale dynamique qui absorberait le chômage et freinerait l'immigration.
C'est le contraire qui s'est passé : les moyens de développement sur place n'ayant pas été donnés, la consommation massive des produits importés du nord prime sur bien des produits locaux, ce qui anéantit le projet visé au départ.

Une constatation flagrante dans les pays de l'Afrique du Nord : les supermarchés qui poussent comme des champignons un peu partout dans les grandes villes et ou on ne vend aucun produit d'agriculture locale  -puisqu'il n'y a pas de production locale pour faire face à la demande !. 

A preuves,  on arrache les terres aux pauvres paysans pour les donner aux riches terriens qui n'en ont pas besoin, et qui vont diriger leurs exploitations dans le sens du commerce international juteux ! sans se faire le moindre souci pour les ventres affamés de leur propre pays !

Le processus a échoué dans ses objectifs.
Les conséquences sur les populations locales ont été catastrophiques et ont abouti à une nouvelle vague d'immigration aussi forte que dans les décennies précédentes.

Dans ces projets phares et dans la Profession de foi de " l'UPM ", l'Europe tourne le dos aux Droits de l'Homme.
L' " Oubliée " dans cette déclaration, c'est la démocratie ! Elle n'est nullement nécessaire pour conditionner toute aide future pour les états du sud (les pays arabes en particulier ont des pouvoirs centraux qui bafouent  et violent les droits de l'homme chers à cette même vieille Europe).

On a le sentiment que derrière cette union, seuls l'argent et le profit comptent.
Construire des ponts, des autoroutes, des aéroports, des supermarchés et même des cliniques de chirurgie esthétiques (très à la mode au Maroc et en Tunisie à cette heure), mais refuser  d'évoquer les problèmes politiques et socio-culturels et linguistiques des états du sud, notamment le Maroc, l'Algérie et la Tunisie pour beaucoup d'observateurs pierres angulaires de tout développement durable.

Un appel de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur est lancé, après la révision du projet original, le  28 mars 2008 par le président de l'euro-région Alpes-Méditerranée.
Cet appel demande un véritable " plan Marchall " pour la Méditerranée afin d'assurer la paix et la sécurité dans l'espace euro-méditerranéen dont les peuples sont liés par leur " communauté de destin ".
Comme le note Antoine Basbous de l'Observatoire des pays arabes dans le Figaro " la principale préoccupation de ses dirigeants n'est pas d'intégrer un club de démocratie, mais de sanctuariser leurs régimes et maintenir leur clan au pouvoir (…) donner la liberté à leur peuple, instaurer un état de droit où offrir à leur jeunesse une véritable perspective, cela n'est pas à l'ordre du jour ".
Faut-il rappeler que le lien entre le développement durable et le respect des droits élémentaires pour les peuples est fondamental.
Pour aboutir à cela le plan Marchal européen doit trouver des passerelles pour atteindre l'Homme dans toute sa splendeur.
Le fil conducteur c'est d'imposer un suivi dans les pays qui devraient recevoir les aides, condition sine qua non.

Dans les pays de l'Afrique du Nord, les ONG et la société civile travaillent sur le terrain ; ils connaissent bien la population.
Traiter avec eux c'est une garantie pour que les projets aboutissent un jour au lieu de donner aux Etats l'argent qui par la suite sera détourné ou mal orienté
La bureaucratie rend la tâche difficile dans ces états, sans compter que s'y ajoute souvent la corruption.

Exemple positif : les ONG de l'Espagne et les ONG Berbères dans le nord du Maroc coopèrent et s'investissent dans des micros projets, aident les paysans sur place, leur fournissent du matériel et des formations sur place… et ça marche à merveille !!

débat de Corte sur l'UPM et la problématique de l'immigration


  • 27/08/2008.
Pendant les Assises de l'Université d'été de Régions et Peuples Solidaires qui se sont déroulées à Corte entre les 24 et 29 août, il a été débattu de divers sujets dont entre autres l'Euro-méditerranée et la problématique de l'immigration.

Les intervenants Sampiero Sanguinetti (Journaliste en chef de l'émission Mediterranéo), Fauzaya Talhaoui (sénatrice et ancienne députée du parti Flamand, conseillère municipale d'Anvers), Nelly Maes (Présidente de l'Alliance Libre Européenne) et Michel Biggi (Economiste, enseignant chercheur à l'Université de Corte), se sont rejoints sur le fait que stigmatiser l'immigration en termes d'insécurité, de délinquance, misère et clandestinité est une grosse erreur.

L'Union pour la Méditerranée ne résoudra ni les problèmes de l'immigration, ni les problèmes des flux migratoires d'autant que cette Union est une aberration politique de la part des pays du nord qui demandent aux pays pauvres -en échanges d'aides- de réprimer et criminaliser sur leurs sols  les migrations des pays encore plus pauvres, sans se soucier des droits fondamentaux humains qui sont d'après les intervenants la pierre angulaire de tout développement durable pour les pays du sud de la méditerranée.



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